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La crise actuelle met en lumière un phénomène préoccupant : l’exil des jeunes. En dépit des plans annoncés par les gouvernants européens pour l’emploi des jeunes, plusieurs raisons militent pour un accroissement du nombre de jeunes exilés :

L’Europe semble avoir admis la primauté du capital sur le travail

A la différence de la Fed (banque centrale américaine) qui concentre sa politique sur la croissance et la création d’emploi, la Banque Centrale Européenne (BCE) continue de privilégier une politique de maîtrise de l’inflation.

La crispation allemande liée à son épisode historique d’hyperinflation n’explique pas tout. Il faut aussi tenir compte du vieillissement du continent européen. Les gouvernants européens, majoritairement baby-boomers, propriétaires et détenteurs de capitaux semblent plus préoccupés par le maintien de la valeur leur patrimoine que par l’absence de perspectives économiques pour les jeunes actifs.

En témoignent les 6 millions de jeunes européens au chômage (le double du taux moyen et en progression constante). En témoigne également, le choix d’une majorité de gouvernements pour des politiques d’austérité alors même qu’on sait que ces politiques hypothèqueront sérieusement le retour de la croissance.

L’essentiel du revenu des jeunes provenant de leur travail, il est probable qu’ils voient dans cette absence programmée de perspectives économiques une forte incitation à quitter l’Europe.

La démographie condamne les jeunes européens à payer toujours plus d’impôts  

En 1951, l’Allemagne comptait 7 actifs pour un retraité. En 2050, la proportion sera autour de 2 actifs pour un retraité.  Même si la France fait un peu plus d’enfants, les perspectives de vieillissement du continent européen sont indiscutables. Schématiquement, les systèmes basés sur un principe de répartition auront deux options pour survivre :

–          Baisser les pensions des retraités et globalement l’ensemble des prestations sociales actuellement versées

–          Augmenter les cotisations des actifs pour financer le système actuel et les risques  non financés à ce jour (comme la dépendance)

Dans la mesure où les retraités constituent une part prépondérante (et grandissante) de l’électorat, on peut douter que l’option de baisse des prestations soit retenue.

Quelques signaux faibles semblent même indiquer le contraire. Ainsi à l’occasion d’une émission consacrée au financement des retraites, Raymond Soubie, observateur avisé des questions sociales,  préconisait  la solution suivante :

« Ce qu’il faudrait, c’est ce qui a été décidé en 2007 sur les régimes spéciaux ; c’est de dire que les nouveaux entrants seront désormais soumis à des règles différentes auquel cas, les gens actuellement en place seront moins touchés […] ».  Dit autrement, la pilule passera d’autant mieux si on la donne à avaler aux générations suivantes.

La conséquence du schéma  est facile à comprendre : les jeunes qui resteront  en Europe seront condamnés à financer, par une imposition toujours plus forte de leur travail, des prestations (retraite, dépendance, etc.) auxquels eux-mêmes n’auront probablement pas droit le moment venu.

Plusieurs formes d’exil à distinguer

L’exil des jeunes très qualifiés – multilingue, mobile et facilement employable, cette jeunesse a été la première à émigrer.  La demande internationale pour ce type de profil à toujours été forte et la crise actuelle ne devrait changer qu’à la marge ce type d’ « exil ».

L’exil des jeunes « désespérés »

Qu’ils s’agissent des « Milleuristes » espagnols et italiens ou de la génération 700 grecque, de nombreux jeunes sont poussés à l’exil par les difficultés économiques et l’absence de perspectives dans leur pays. Et de fait, avec un taux de chômage des jeunes de 58% en Grèce, 55,8% en Espagne et 38,2% au Portugal, les rangs des candidats à l’exil n’ont jamais été aussi importants. Un comité de jeunes indignés espagnol ironisait d’ailleurs sur la situation en ces termes : «Si tu finis tes études en Espagne en ce moment, tu as trois débouchés: par terre, par mer ou par air»

Demain, l’exil du « jeune moyen » ?

La génération née à partir des années 2000, devrait bénéficier, une fois adulte, d’un choix inédit : celui de son pays de résidence. De par son exposition précoce aux technologies, à la globalisation et aux langues étrangères, on peut  en effet imaginer que cette génération sera aussi mobile que les jeunes très qualifiés d’aujourd’hui.

La conséquence serait une mise en compétition des pays au niveau mondial pour attirer des actifs. Les jeunes compareraient les « offres »  des différents états en croisant plusieurs critères (niveau d’imposition des salaires, qualité des structures pour la petite enfance, coût du logement, etc.) et choisiraient en conséquence leur pays de résidence.

Dans le même esprit, les territoires faiblement  peuplés ou vieillissants proposeraient des incitations fiscales pour attirer de nouveaux habitants. Etonnante, cette projection  n’a rien d’improbable si l’on observe ce que fait déjà le Portugal pour attirer les riches retraités en exonérant d’impôts les retraites étrangères depuis 2013.

La guerre des pays pour attirer des habitants ne fait que commencer. L’offre européenne, résumable en une absence assumée de perspectives économiques, un chômage de masse des jeunes et un goût  prononcé pour le capital au détriment du travail séduira-t-elle les futurs jeunes actifs ?  Il est permit d’en douter.

Les chiffres de l’exil des jeunes en 2013

270 000 : le nombre de français âgés de 25 à 35 ans inscrits sur les registres à l’étranger (source : ministère des affaires étrangère)

27 % : la part des jeunes diplômés qui envisage leur avenir professionnel à l’étranger en 2013 (contre 13% en 2012) d’après le baromètre Ifop-Deloitte sur l’humeur des jeunes diplômés)

13 % : la part des diplômés de Grandes écoles en 2010 aujourd’hui en poste hors de France (source : étude RTL / le nouvel observateur sur l’exil des jeunes)

168.300 euros : le coût pour l’Etat d’une scolarité complète de la maternelle au master d’après l’OCDE

 

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3 Réponses à “Vers un exil massif des jeunes européens ?”

  1. Rémi RenouleauNo Gravatar dit :

    Je n’avais pas conscience des taux de chômage aussi importants en Espagne et Portugal…
    Les politiques d’austérité ne sont pas la solution, mais le problème.
    « La folie, c’est se comporter de la même manière et s’attendre à un résultat différent » disait Einstein.

    Tout l’art de notre système est de nous faire croire qu’une seule issue n’est possible. Alors que nous avons le choix, à partir du moment où on choisit d’ouvrir les yeux.

    Et si on changeait de système ? Et si on remettait l’humain au centre ? Et si l’environnement comptait VRAIMENT pour les potiques ? Et si on misait sur la décroissance plutôt que la croissance (croissance infinie = illusion) ?

    Personnellement, je ne crois pas en la capactité de nos hommes politiques pour changer le monde. Le changement viendra de la base, des jeunes eux-mêmes, de nous !

  2. […] Vers un exil massif des jeunes européens ? […]

  3. DanielNo Gravatar dit :

    Depuis ´´la chèvre de Mr Séguin ´´ aller ailleurs voir si l’herbe est plus verte est le propre de la jeunesse. Il est étonnant qu’en dépit des moyens actuels de déplacements internationaux et d’Internet ce comportement soit aussi limite!
    Se faire former dans son pays d’origine (gratuitement en FRance)alors que ça coûte 160000 euros à la République et partir sans payer avec le magot de cette formation à l’étranger est scandaleux …n’est ce pas les générations précédentes qui ont payé cette formation? Que dire encore des pays d’accueuil qui profitent sans investir de l’arrivée de ces jeunes formes ailleurs?
    Il y a derrière cet article le cadre général d’une imprégnation idéologique de droite qui insidieusement nous dit: réduisons nos retraites, réduisons notre protection sociale et nos égoïstes avantages acquis pour ne pas sacrifier les générations suivantes….Alors qu’en fait la seule vrai valeur que promeut ce raisonnement est celle de la compétitivité comparée et du dividende des vrais détenteurs du capital.

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